Faut-il supprimer le numerus clausus ?
Quand Xavier Bertrand a annoncé une augmentation du numerus clausus en 2012, on aurait pu penser que, compte tenu de la désertification de certaines régions et du burn out des généralistes, cette nouvelle serait accueillie avec soulagement. Il n'en est rien. L'ISNIH (internes des hôpitaux) et l'ISNAR-IMG (internes généralistes) ont estimé que l'augmentation ne résoudra pas la diminution du nombre de médecins prévue jusqu'en 2020, ces nouveaux étudiants n'arrivant pas sur le marché avant le début de la prochaine décennie. Et, après l'Association nationale des étudiants en médecine de France (Anemf) et la Fédération des médecins de France (FMF), c'est au tour des doyens de faire part de leurs doutes sur cette augmentation. Certaines universités sont "au maximum des possibilités humaines et matérielles", observe la Conférence des doyens des facultés de médecine. De plus, elle estime que l'augmentation du nombre d'étudiants ne résoudra pas les problèmes de démographie médicale, liés au principe de la liberté d'installation. Et de réclamer le développement de "mesures incitatives comme le contrat d'engagement de service public ou d'éventuelles mesures coercitives". Quant au Collège national des généralistes enseignants (CNGE), il souligne que les effectifs de maîtres de stage, qui ont augmenté de 20 % en un an, soit 5 388 professionnels aujourd'hui, restent très insuffisants et demande un financement pour en former 3 000 de plus. Mais de nombreuses voix se sont élevées pour rappeler que la France compte une densité médicale très élevée par rapport aux autres pays européens, et que cette offre continuera pendant encore longtemps, en dépit des départs à la retraite. Ainsi, au sein de l'OCDE, notre pays compte 330 médecins pour 100 000 habitants contre une moyenne de 270 dans les autres pays. Le problème maintes fois dénoncé n'est pas tant le nombre de médecins que le fait qu'ils sont très mal répartis sur le territoire comme le signale la Conférence des doyens des facultés de médecine. Car il est difficile de savoir où les nouveaux diplômés iront s'installer. Et, dix ou onze ans à l'avance, il est difficile aussi de prédire leurs comportements futurs, l'organisation et la durée de leur travail.
Les messages de satisfaction sont donc concurrencés par des réserves et réticences exprimées sans détour. Certains vont plus loin. Et si on supprimait le numerus clausus ? Dans les journaux, se sont ainsi multipliés les témoignages d'experts sur le caractère pervers et inefficace de cet instrument. Ils soulignent que la France n'a plus besoin d'un numerus clausus à l'heure où les modalités d'exercice des praticiens ont très profondément changé et où il est illusoire de vouloir adapter les effectifs médicaux aux besoins de la population. A défaut de connaître l'avenir, on peut au moins interroger le passé récent de la démographie médicale. L'histoire du numerus clausus nous apprend que les hommes politiques, les administratifs, les médecins eux-mêmes, sont parfaitement incapables de planifier les effectifs médicaux. Par exemple, les prévisionnistes n'ont tenu aucun compte de deux données majeures de l'évolution de la médecine : la féminisation et la réduction du temps de travail. Les prévisionnistes n'ont pas prévu non plus que la population française allait augmenter, allait vieillir, et allait avoir besoin de plus en plus de médecins. De médecins bien formés, qu'on ne pourra pas sans dommage remplacer par des personnels de formation inférieure.
Noémie Legendre















